mercredi 27 juillet 2016

Les TCA et la victimisation, une position si "confortable"

Dans la vie, il y a ces personnes qui semblent subir leur quotidien.

Ces personnes souvent accablées par les tracas qui leurs arrivent. Les épaules affaissées, portant le lourd poids de la douleur ou autre souffrance.

Parfois, ces personnes sont incapables d'entendre la moindre critique, même constructive, sans réagir vivement, outrées d'être ainsi remises en question. "Puis que c'est comme cela, je ne vaux rien, de toute manière j'ai toujours tort, cela ne m'étonne pas, je suis une mauvaise fille/mère/père/amie".

Elles réagissent violemment, blessées par les remarques, comme atteintes au plus profond d'elles-mêmes, comme si la Terre entière était liguée contre elles, pauvre petite chose abandonnée et rejetée.

On connaît tous des proches, collègues, amis, ou connaissances qui sont dans cette position de victime permanente. "Tout m'arrive tout le temps, je n'ai pas de chance". "Je ne comprends pas pourquoi ces choses m'arrivent en ce moment, je suis à bout, j'aimerai tellement aller bien / être heureuse ..."

J'ai grandi avec deux parents diamétralement opposés à ce niveau là, et pourtant, complémentaires (à en croire par les 20 ans de mariage).

D'un côté un père optimiste. Souriant en permanence, à l'écoute, très social, toujours près à rebondir, toujours à répéter que "rien n'arrive par hasard" et que s'il arrive une merdouille, c'est pas grave, c'est qu'il fallait que cela arrive pour que l'on fasse quelque chose de mieux. Que l'on puisse en faire du POSITIF.

Malgré un dépôt de bilan à 54 ans, deux bambins, pas vraiment de toit fixe, plus de boulot, des dettes énormes... Je ne l'ai jamais entendu se plaindre. Pas une seule fois les épaules d'un homme démoralisé. Pas une seule fois le regard à terre.
Il a juste cherché des solutions, à droite, à gauche. Levé la tête, et crée une société qui lui vendait son rêve. Et l'envie de se lever chaque matin comme à ses 18 ans. Puis au bout de dix ans, il avait fait le tour, "alors tient, si je construisais une grande maison pour ma famille, et puis, es gîtes, parce que je suis définitivement un homme aimant le contact .. "

Ce genre de personne que rien de négatif ne semble atteindre, et qui essaye (presque) toujours de comprendre le pourquoi du comment des critiques qui lui sont faites. Qui n'aime pas faire de vagues, ni se fâcher. Je ne l'ai d'ailleurs jamais vu lever la voix contre quelqu'un. Jamais hausser le ton  Plus tranquille, tu meurs. Un tsunami ne l’empêcherait pas de marcher tranquillement pour trouver "une solution".
Et oui, la théorie c'est "si il n'y a pas de solution, alors c'est qu'il n'y a pas de problème". 
Peace & Love.

A côté, ma mère. Délaissée dès son plus jeune âge par sa mère, qui venait de perdre son mari. Une fillette sans père, et rejetée par une mère narcissique et vraisemblablement trop préoccupée par elle-même pour avoir assez d'attention à accorder à ses enfants. Baladée entre les tantes et les cousins pour être élevée tant bien que mal.
Récupérée plus tard par ses grands-parents, pendant que sa mère travaillait à Paris, gardant près d'elle le frère cadet adoré (Copie-conforme du père décédé... CQFD).

Ma mère m'a toujours paru porter une charge gigantesque et pesante sur son dos. Les épaules souvent tombantes, la mine soucieuse d'être "une bonne mère", qui fait de "bons plats", qui tient "parfaitement sa maison". Une tendance à voir le noir, alors que mon père arrivait à voir rose-bonbon partout.
Même lorsque l'on avait plus un sou.
Même quand on s'est douché plusieurs semaines, l'été avec tuyau d'arrosage dehors, devant la construction qui se faisait à vitesse de fourmi (et surtout avec la sueur des mains d'un homme de 60 ans...)
Même lorsque tout allait relativement bien. Pas de guerre ou de maladie grave, mais deux enfants en "pleine" santé, et une vie à la campagne ...

Vous vous demandez mais "où est le rapport avec la fille qui bavarde là, qui souffr(ait)e d'anorexie"?

Et bien j'y arrive. 


J'ai détesté cette position de victime que ma mère portait en permanence.
Je haïssais de ne pas pouvoir expliquer un avis contraire au sien sans que cela tourne en jus de boudin  en dispute au bout de trois minutes, car elle était dans l'incapacité la plus totale d'intégrer, comprendre, écouter l'avis de l'autre sans être "blessée" intérieurement.
Je ne pense pas qu'elle en ait conscience, mais son visage le porte toujours, même lorsqu'elle se force à dire "j'entends, j'écoute ce que tu me dis". Au fond, je vois que NON, elle n'entend pas du tout être contredite. Et encore moins rejetée.

Alors, je me suis promise d'être une héroïne, forte et courageuse "comme papa".
NON. Je ne serais pas cette femme soumise par les aléas des imprévus, je serai forte, puissante, dominante, je déciderai, comme bon me semble, et RIEN ne m'atteindra.
NON. Aucun risque de m'approcher, puisque je dominerai chaque situation, chaque relation avec l'Autre, qui ne "rentrera" jamais en moi, pour ne jamais souffrir. Ou presque.

Aujourd'hui, en pleurant chaque semaine sur le fauteuil du psy comme une madeleine, ou bien en subissant les critiques de ma tutrice de stage, je réalise que je porte en moi cette figure de martyr. Je porte la douleur, je porte la tristesse.

Et je me rends compte qu'en ayant voulu être une fille "FORTE" par opposition à la femme que je voyais "subir la vie", j'ai en réalité agi exactement par mimétisme.

Car pour rappel, chercher à faire le contraire, c'est finalement faire exactement la même chose.

Et là, j'en arrive aux personnes souffrant de Troubles du Comportement Alimentaires, qui quelque part, jouissent de cette position de victime.
 
"Regardez comme je suis maigre, comme je souffre".
"Regardez comme je m'empiffre et suis énorme, je suis tellement malheureuse et mal que je me fais du mal".

On cherche finalement peut-être à recevoir de l'attention, de la pitié, que l'on confond avec de l'amour.
La peur d'être rejetée, abandonnée et mal-aimée, m'a, je crois été transmis inconsciemment par ma maman, qui, en voulant aimer plus que tout ses enfants, a baladé avec elle les blessures du passé qu'elle n'a jamais fait cicatriser.

Alors même que je ne suis pas "à plaindre", que j'ai été aimée dès ma conception par mes deux parents, que j'ai eu la chance d'être écoutée, de recevoir de l'attention, de grandir dans un cocon d'amour malgré les aléas de la vie . J'ai deux parents en bonne santé, j'ai un petit frère qui devient un homme, j'ai "tout" pour être heureuse.

Et pourtant, la moindre épine lancée contre moi, l'idée même d'être mal estimée par un tiers, ou jugée, ou délaissée par un ami me meurtrie de l'intérieur. Comme un couteau qui lancine mes tripes.

"C'est marrant, vous ne vous rendiez pas compte que vous arborez ce visage de souffrance de façon automatique, très souvent?".

Et bien, zut, non, je n'avais pas vu.

Car la position de martyr n'est qu'un moyen de rester bien planquée dans sa maladie, l'anorexie, les TCA en général ou bien même les addictions et dépressions en tout genre.

Et inconsciemment, l'idée qu'un symptôme qui "donne à voir" (physiquement !)  nous donne l'illusion que l'on va recevoir de l'attention (et de l'amour) des autres. Alors que non.

Il y aura toujours des gens pour vous détester. Sans raison.
On ne peut pas recevoir d'amour illimité, de présence illimitée.

Mais je crois que si l'on commence à s'aimer soi, de manière illimitée et inconditionnelle, alors on peut, petit à petit, se détacher du regard. Des non-dits. Des blessures qui ne nous appartiennent pas. Et apprendre aussi, peu à peu, à ne plus faire éponge des émotions des autres.

Il y aura toujours des gens qui subiront leur vie au lieu de la vivre.

Il y aura toujours des soldats qui meurent sur le front tels des martyrs, pour la patrie. Pour l'honneur.

Il y aura toujours et encore des filles qui portent des corps maigres comme un étendard levé aux yeux du public. Il y aura toujours et encore des sportifs prêts à étaler leur "détermination" sur les réseaux sociaux". Il y aura toujours des personnes en dépression et des boulimiques en souffrance.


Sauf que personne ne vous regarde avec attention. Mais avec pitié. Car NON, vous ne dominez rien. NON, vous ne contrôlez rien. Vous n'agissez plus, vous subissez.  




dimanche 10 juillet 2016

Loaf de lentilles blondes au sarrasin & riz au lait d'amande vanillé

Deux recettes fraîches et douces, en un article !

Réunir des saveurs simples, râper des légumes, saupoudrer d'épices.

Faire bouillir du lait, gratter la gousse de vanille, mélanger et laisser chauffer à petits bouillons ...

La cuisine m'apaise, me transporte ailleurs, me fait oublier les tracas, me permet de rêver, sur un nuage, fredonnant une musique pendant que mes mains s'agitent, que je trempe le doigt dans la pâte, rectifie l'assaisonnement.

Cuisiner, c'est être , maintenant. Bouger, remuer, mêler, enfourner, tamiser, fariner, entailler, démouler, pour finalement, déguster et fondre de plaisir.

Cela part d'abord de l'imagination, une recette aperçue, que je ne suis jamais au final, car je préfère faire selon mes envies et l'intuition. 

Puis en parcourant le rayon des fruits et légumes, humant les odeurs, tâtant les légumes et soupesant les fruits ...

Un plat salé, complet, riche en protéines végétales. Une sorte de cake en plus compact, plus humide, à la texture de terrine, à découper en tranches pour l'apéro, froid, ou tiède. A étaler sur du pain grillé ou à mettre dans des moules individuels ...

Et puis, une touche sucrée. Souvenir de l'enfance, qui n'a pas connu le riz au lait ? Ici, il est au lait d'amande légèrement grillées (de Alpro). Un délice encore tiède, ou bien frais par ces journées chaudes...

Au final, deux recettes pleines de promesses, pleines de goûts, si simples pourtant.

Parce que les choses les plus simples, sont souvent celles qui sont les meilleures.

Loaf de lentilles blondes au sarrasin (2 portions)

  • 50g de sarrasin
  • 100g de lentilles blondes 
  • 1 courgette
  • 1 échalote
  • 2 œuf 
  • 1 poignée de graines de tournesol ou autre
  • 1 cuillère à soupe de sauce soja sucrée au gingembre (Amora)
  • Quatre épices, piment, herbes de Provence, sel, poivre
  • Facultatif : parmesan / fromage râpé

Faire cuire le sarrasin et les lentilles dans un grand volume d'eau salée. Une fois l'eau portée à ébullition, laisser la cuisson poursuivre jusqu'à ce que le sarrasin et les lentilles soient tendres. Environ 20 à 30 minutes.

Râper la courgette, émincer l'échalote. Dans un saladier, battre les œufs. Ajouter les légumes râpés, les épices, les graines de tournesol et les herbes de Provence  (et toute garniture de votre choix, fromage ou autre).

Préchauffer le four à 180°. Ajouter enfin le sarrasin et les lentilles cuites que vous aurez passés sous l'eau froide.

Verser l'appareil dans un moule à cake ou un moule individuel. Enfourner pour 40 minutes.

Déguster tiède ou froid, avec une belle salade...





Riz au lait d'amande vanillé (4 ramequins)
  • 500 ml de lait d'amandes toastées 
  • 50g de riz rond
  • 1 sachet de sucre vanillé
  • 1 gousse de vanille


Faire chauffer le lait dans une casserole, et y mettre la gousse de vanille coupée et grattée. Laisser la gousse dans le lait. Ajouter le riz, et remuer régulièrement. Laisser bouillonner à feu doux, tout doucement, jusqu'à ce que le riz soit bien tendre, soit environ 30 minutes.
Verser dans 4 ramequins, laisser refroidir et mettre au frais.

Au moment de servir, ne pas hésiter à décorer d'éclats de chocolat, d'amandes effilées, de morceaux de fruits frais...





dimanche 26 juin 2016

La méchanceté de l'Autre est un cadeau du quotidien

Quand on passes sa vie à faire en sorte que personne n'aie rien à nous reprocher, on ne prend aucun risque de se tromper. Certes.

On évite des moments difficiles, mais nécessaires pour grandir, et apprendre.

La vie d'adulte, c'est pas drôle. Pas tout le temps. Beaucoup de responsabilités, beaucoup de devoirs et de temps compté. Beaucoup d'attentes des autres, de la société, des amis, du patron.

Beaucoup d'attentes de soi-même aussi. Trop souvent.

En acceptant de grandir, on renonce à beaucoup de choses.

A l'illusion de la toute-puissance. A la liberté d'aller se cacher sous les jupes de sa maman. A la protection inespérée du statut de l'enfance. On renonce à être transparente. On est obligé de s'imposer.

Alors j'accepte de me tromper, tomber, me relever. J'accepte d'être jugée, parfois malmenée.

Parce qu'on dit que la vie ne fait pas de cadeau, mais en fait, chaque évènement est une leçon à prendre comme un don. Encore faut-il savoir le tourner et le retourner jusqu'à ce que l'on en comprenne le sens, sans pour autant souffrir de trop. 

Depuis le début de mon stage, j'ai l'impression que le ciel se défoule sur moi. J'aurai pu tomber sur une personne agréable, avenante ou  à minima, bien dans ses chaussures.

Mais non. Non, je crois que la vie m'a offert une épreuve de plus.

Je pourrais me plaindre, dire stop, rompre le contrat de stage dès mes 3 mois bouclés.

Mais non. Cela serait trop simple. Or toutes les épreuves sont faites pour être surmontées. Et je commence à comprendre que les défis et moi, on s'entend bien.

Oui, chaque semaine, je verse mon lot de larmes. Chaque semaine, ma kiné masse mon ventre noué par les tensions, écrase doucement les muscles de mon dos, serrés d'angoisses, tendus de pressions.  Fait craquer les côtes qui se coincent. Aperçoit même des déchirures abdominales. M'appelle la petite marathonienne tant mes quadriceps sont durs.

Mon visage reste impassible. J'encaisse, je souris, j'écoute, j'essaie de comprendre.
Comprendre cette femme qui adopte des comportements antagonistes selon la personne qu'elle a en face, et selon ce qu'elle peut en tirer pour son profit. 

Cette femme jolie, mais exigeante. Très. Trop. Ce ton mielleux du matin, se transformant en joues rougies par la colère, les yeux fuyants, lorsqu'elle me reproche mon manque d'attention.

Ce ton moqueur, lorsque j'ose poser une question. Son regard hautain. Son sourire qui s'efface en se tournant vers moi.

Ses "je sais que tu fais beaucoup Marie, tu es très agréable et tu es sérieuse". Précédant ses "j'ai l'impression que tu ne comprends rien de ce que je te dis. De toute façon moi, je partais à 21h quand j'étais stagiaire". "Non, moi je ne mange pas au self, c'est pas sain, une salade et je suis calée" (avec ses footing de 10 km juste avant). Le café bio qu'elle fait couler, pour ELLE et son collègue hipster (sous entendu de même catégorie sociale et professionnelle).

Ses "je dois te dire que je suis TRÈS en colère", après une journée où j'ai du gérer seule tout un projet pour lequel ELLE a été embauchée, répondre à des centaines de personnes en français et anglais... le téléphone dans une oreille, et les mails en même temps. "Peut-être que c'est trop te demander ..."

Tout ça c'est du détail. Le plus difficile, je crois, c'est de sentir dans le regard de l'autre et ses mots à quel point il nous méprise. A quel point tous les efforts déployés seront toujours insuffisants.

Le plus compliqué, c'est partir le matin en se demandant si ce sera une bonne journée, ou si je terminerai, le visage crispé par la tristesse et la colère, le cœur serré d'émotions. 


C'est blessant. Je suis sensible. Trop sensible. Je refoule mes larmes. Je serre la gorge. J'encaisse.

Puis, j'ai commencé à observer cette femme. Cette femme qui ne lâche pas prise. Cette femme persévérante et exigeante avec elle-même. Cette femme qui ne s'autorise aucun écart, aucun faux pas. Jamais un mot plus haut que l'autre.

Je réalise que je ne la connais pas. Qui est-elle ? Au fond, elle ne dit rien. Ne laisse rien paraître, rien sortir.

Alors, j'ai commencé à comprendre. Deviner un manque de confiance en elle immense. Un doute permanent sur le mots qu'elle a le droit de dire, et ceux qu'elle brûle de prononcer. Sur ses regards inquiets devant les biscuits qui lui tendent les bras, qu'elle préfère refourguer aux collègues pour les regarder manger.

J'ai vu le doute, la tension dans son corps. L'hésitation dans sa voix. Cette fausse allure de supériorité, cette image de force et de perfection qu'elle passe son temps à entretenir.

Alors, j'ai commencé à avoir pitié. A la regarder avec compassion. Et tendre l'autre joue lorsque je prenais une claque de plus.

Ayez pitié des gens qui sont méchants. Soyez compatissants. Car dans l'histoire, ce sont eux qui sont enfermés dans une cage, sans oser en sortir, excluant l'autre.  Excluant la vie.

Je n'ai souvent pas les mots, alors j'écris. Elle a reçu un long mail de ma part. Elle lira que la sensibilité n'est pas toujours visible, mais que ses mots ne blessent pas moins. Elle entendra que malgré tout, je continuerai à faire de mon mieux et tâcher de m'améliorer afin de me tromper moins souvent. Elle entendra aussi les mots "communication", "exigence" et "perfectionnisme". 

Elle m'aurait seulement répondu par un "merci, bonne journée".

La balle est dans son camp. Je suis blessée, mais je prends la douleur de mon ventre, et je la jette par écrit. Je lui envoie dans les bras, elle en fera ce qu'elle voudra, ou pourra.

Je n'ai pas à supporter la douleur des autres. Je n'ai pas à me rendre malade parce que la vie me met un obstacle en travers de la route.

Je prends le problème, je le regarde, le décortique. Je ne m'énerve plus. Je pleurerais sûrement encore un peu, mais ce n'est pas grave. Au final, je saurais peut être avoir moins mal, et laisser glisser les choses.

Je découperai autant de pansements qu'il faudra, jusqu'à ce que je cicatrise et comprenne comment bien marcher. Et peut-être un jour, marcher accompagnée.

Et si quelqu'un me fait trébucher, ce n'est pas grave. Je me relèverai, en souriant, et je repartirai.